Parc national de Port-Cros et Porquerolles
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2018
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Thème 
Flore marine

L’énigme des sargasses : très rares, menacées ou éteintes localement en
Méditerranée nord-occidentale, mais toujours dépourvues de statut de protection.
Les sargasses (Sargassum) sont de grandes algues brunes qui édifient des forêts sousmarines
dont elles constituent les ‘ingénieurs d’écosystème’. Elles sont présentes dans le
monde entier, des mers tropicales aux eaux tempérées froides. Au sein de ce genre très
diversifié (335 taxons de Sargassum y sont actuellement reconnus), neuf espèces seulement
ont été signalées en Méditerranée (en y incluant Sargassum muticum, originaire du Japon
et introduite en Méditerranée), dont 6 en Méditerranée française.
Nous avons analysé, sur une période de plus de deux siècles, et le long des ~2 970 km de
côtes françaises de la Méditerranée nord-occidentale (Catalogne française, Languedoc,
Provence, Côte d’Azur et Corse), incluant l’Aire Maritime Adjacente (AMA) et les coeurs
marins (Port-Cros et Porquerolles) du Parc national de Port-Cros (PNPC), la distribution de
ces six espèces de Sargassum. Pour y parvenir, nous avons exploité toutes les données
historiques disponibles (littérature et échantillons d’herbiers conservés dans les grands
herbiers européens). Ces données d’écologie historique ont été complétées, entre 2003 et
2014, par des études de terrain : exploration ciblée des stations ‘historiques’ et exploration
systématique des 2 970 km de côtes depuis un petit bateau.
Bien que la plupart des espèces de Sargassum aient été communes autrefois, toutes
les espèces longévives (à l’exception de S. vulgare) sont devenues extrêmement rares ou éteintes localement. Seule l’espèce introduite S. muticum développe des populations
stables ou en expansion, dans des lagunes côtières telles que l’étang de Thau (Languedoc).
L’accroissement de la turbidité des eaux, le chalutage et l’arrachage par des filets de pêche
peuvent être responsables de la régression des populations profondes de S. hornschuchii et
de S. acinarium. Le surpâturage par des oursins, dont la prolifération est due à la surpêche de
leurs prédateurs (des téléostéens), et à la destruction de leur habitat par des aménagements
côtiers, sont probablement responsables de la régression des populations des substrats durs
peu profonds. Au total, S. acinarium est localement éteint partout en France, sauf sur la Côte
d’Azur et en Corse, où il n’est qu’en déclin prononcé ; S hornshuchii est éteint partout ; S.
vulgare est éteint en Catalogne française et en Languedoc, en déclin prononcé en Provence
occidentale et sur la Côte d’Azur.
Dans l’AMA et les coeurs marins du PNPC, seules trois espèces de Sargassum ont été
signalées : S. acinarium (en déclin prononcé), S. flavifolium (localement éteinte) et S. vulgare
(stable) ; par rapport aux autres régions françaises, ce statut apparaît comme meilleur.
Dans le domaine continental, des milliers d’espèces sont protégées, même si elles sont
relativement communes, parfois même proliférantes grâce à l’action de l’homme ; elles
le doivent à l’existence de lobbies centrés sur un taxon (par exemple les oiseaux) et de la
sympathie qu’elles suscitent. En milieu marin, seuls existent les lobbies liés aux mammifères
marins et aux tortues. Il en résulte que des espèces 1 000 ou 10 000 fois plus menacées
qu’un dauphin ou une tortue, telles que les sargasses, ne bénéficient d’aucun statut de
protection. Il est étonnant de constater que la liste rouge de l’IUCN (Union Internationale
pour la Conservation de la Nature) continue à les ignorer, en dépit d’une abondante littérature
scientifique.
Mots-clés : Sargassum, Méditerranée, Extinction locale, Espèces menacées.

Auteurs 
THIBAUT T.*, BLANFUNÉ A., VERLAQUE M., BOUDOURESQUE C.F., RUITTON S.,
Editeur 
Parc national de Port-Cros
Nombre de pages 
2
Référence 
Sci. Rep. Port-Cros natl. Park, 32: 257-258 (2018)